Skip to content Skip to navigation

l'Expulsion des Acadiens

Newspaper: 
Year: 
1896
Month: 
3
Day: 
26
Article Title: 
l'Expulsion des Acadiens
Author: 
Placide P. Gaudet
Page Number: 
2
Article Type: 
Language: 
Article Contents: 

L’EXPULSION DES ACADIENS

Datés des départs des divers convois avec leur cargaison humaine.

La publication du mandement de Mgr Walsh aux Acadiens, et ses deux articles relatifs à M. l’abbé Casgrain m’ont fait faire une longue digression. Il me reste, cependant, à donner les dates des départs des divers convois avec leur cargaison humaine qu’ils transportèrent aux quatre vents du ciel. Après cela je reprendrai la continuation de mon travail sur L'Episcopat d’Halifax et l'éducation des Acadiens, et ensuite viendra 1’histoire de la fondation du Collège Ste-Anne à la baie Ste-Marie.

Le lieutenant colonel John Winslow de néfaste mémoire arriva à la Grand’Prée le 19 août 1755 avec 313 et s’établit au presbytère qui se trouvait alors inoccupé. Le curé de la paroisse, l’abbé Chauvreulx, avait été enlevé le 4 août et conduit à Halifax où il fut détenu jusqu’à la fin d’octobre. Le 6 du même mois (août) l’abbé Daudin, curé de Port Royal, subit le même sort, et le 10 ce fut le tour de M. LeMaire, curé de la Rivière-aux-Canards. Donc Winslow avait le champ libre d’occuper la maison curiale de la Grand’ Prée et il en profita. Il transforma l’église eu arsenal et en salle d’armes, et fixa en terre une lignée do piquets de l’église au cimetière pour le campement des quatre compagnies de son bataillon. A la date du 28 août on lit ce qui suit dans son Journal : “Aujourd’hui nous avons fini de nous fortifier par des piquets et avons commencé le four pour nous débarrasser d'une des plaies d'Egypte.”

A trois heures de l’après-midi, le vendredi, cinq septembre, 418 Acadiens de tout âge se réunirent à l’église, d’après une sommation datée du deux septembre, mais qui ne fut rendue publique que le quatre au matin Winslow leur fit un discours qu’il termina en les déclarant tous prisonniers du roi, et leur annonça aussi qu’ils seraient transportés hors de la province. Sur ces 418 captifs 141 jeunes hommes et 89 hommes mariés furent embarqués le dix septembre sur cinq vaisseaux mouillés à l’embouchure de la rivière Gaspareau.

Ces transports avaient été nolisés à Boston par les armateurs Apthorp & Hancock, d’après les ordres de Lawrence. Trois arrivèrent à la Grand'Prée le 30 août. C’étaient les sloops Endeavour, Industry et Mary. Deux autres : le sloop Elisabeth et la goëlette Léopard vinrent les rejoindre ; le premier le 4 septembre, et l’autre le 6 du même mois. C’est à bord de ces cinq vaisseaux que furent embarqués le 10 septembre 230 Acadiens.

Par une erreur de Haliburton on a cru jusqu’à il y a douze ans, que ces cinq navires firent voile des Mines avec leur cargaison humaine le dix septembre, le jour même de l’embarquement. Rien n’est plus faux comme on le verra plus loin. Ils restèrent donc mouillés à l’embouchure du Gaspareau, et le 25 septembre on y embarqua 100 autres Acadiens, ce qui faisait un total de 330 hommes. Le Warren, vaisseau de guerre, eut la garde de ces cinq transports, depuis le 10 septembre jusque l’arrivée du Nightingale, le 26 du même mois. Cette frégate portait vingt canons et était commandée par le capitaine Diggs que l’Amiral Boscawen avait commissionné d'escorter le convoi des Mines.

Le même jour (26 septembre) le Snow arriva à la Grand’Prée ; il y avait à son bord George Saul, chargé l’approvisionner les transports. Il y en avait encore que cinq et on attendait les autres à grande impatience, mais ils ne venaient pas. Or, le 28 septembre Winslow se rendit à Pigiguit pour consulter Murray, commandant du fort Edouard, au sujet des vaisseaux. Il fut convenu d’écrire immédiatement à Lawrence pour le prier d’ordonner à Handfield, qui commandait à Port Royal, d’envoyer aux Mines les navires qui se trouvaient dans la rade d’Annapolis, puisque l’embarquement des Acadiens de Port Royal ne pouvait avoir lieu avant qu’un fort détachement de la Grand’Prée y fut expédié, et cela n’était pas possible tant que la population des Mines ne serait pas embarquée. Winslow se chargea donc de faire cette demande au gouverneur et, le lendemain, 29, i s'en acquitta. Lawrence répondit affirmativement le premier octobre, et ses lettres arrivèrent à la Grand’Prée le quatre du même mois. Winslow envoya le même jour à Handfield un courrier avec les dépêches du gouvernement, et eut ensuite une consultation avec Murray qui était descendu de Pigiguit pour s’entendre avec lui. Il fut donc décidé que Winslow commencerait le lundi suivant, 6 octobre, à embarquer autant d’habitants qu’il pourrait en contenir sur les cinq vaisseaux qu’on avait. Il ne faut pas oublier que ces mêmes transports avaient déjà à bord 330 prisonniers acadiens dont 230 avaient été mis le dix septembre et les 100 autres le 25 du même mois.

Quand Winslow, le jour mémorable du cinq septembre, déclara aux Acadiens réunis dans l’église de la Grand’Prée qu’ils seraient transportés hors de la province, il leur dit qu’il ferait tout en son pouvoir pour que “chaque famille fut réunie dans le même navire.” Cette promesse, quelles que fussent ses intentions en la faisant, fut honteusement et inhumainement rompue. Il est vrai, cependant, qu’à un moment il songea à la remplir, car on lit dans son Journal, à date du 6 octobre ce qui suit : “Après avoir pris l’avis de mes capitaines, j’ai fait une division des villages et suis venu à la conclusion de placer dans le même navire autant d’habitants de chaque village qu’il serait possible, de manière que les familles entières partent ensemble. J’ai envoyé des ordres aux diverses familles de se tenir prêtes à s’embarquer avec leurs effets de ménage, etc, mais je n’ai pas encore pu persuader ces gens que j’étais sérieux.” Winslow veut sans doute dire que les Acadiens ne pouvaient croire qu’ils allaient être transportés hors de la province. C’est à n’en pas douter le passage précité du journal de Winslow qu’à porté Parkman à affirmer que les familles ne furent pas disloquées lors de l’embarquement, mais en cela l’écrivain bostonnais se trompe énormément.

PLACIDE P. GAUDET,
(A suivre)