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Les Acadiens au sanctuaire de Ste-Anne

Journal : 
Année : 
1888
Mois : 
7
Jour : 
25
Titre de l'article : 
Les Acadiens au sanctuaire de Ste-Anne
Auteur : 
PH. F. B.
Page(s) : 
2
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

LES ACADIENS AU SANCTUAIRE DE STE-ANNE

Le saint évêque Epiphane dans une homélie sur saint Joachim et Sainte- Anne nous apprend que Joachim allait prier sur une montagne tandis que son épouse priait dans son jardin. Le Canada est aujourd’hui le jardin de Ste-Anne : elle y prie constamment ; et les grâces et les faveurs qu’elle obobtient sont aussi prodigieuses que fréquentes. On dirait qu’elle s’est placée caution pour les âmes de la Nouvelle-France et que nous canadiens et acadiens français, nous gravitons plus spécialement dans la sphère ee son amour et de ses prédilections. Il y a quelques jours, les acadadiens des provinces maritimes faisaient leur second pèlerinage au sanctuaire de Sainte-Anne et plus que jamais il semble que cette dernière aît voulu bénir leur acte de foi en versant sur le cœur de nos pèlerins d’abondantes consolations et même fortifier cette foi en les rendant témoins oculaires de miracles éclatants. Au boiteux de la porté du temple, l’apôtre Pierre versait l'aumône suivante : Je n'ai ni or ni argent, mais ce que j'ai je vous le donne : Au nom de Jésus de Nasareth, levez-vous et marchez. Ce sont de telles aumônes que Ste-Anne jette tous les jours à la misère humaine au milieu de nous.

Oui, le 10 courant, huit cents pèlerins accourus de toutes les parties des provinces maritimes et accompagnés de prêtres, de médecins et de sœurs infirmières, prenaient passage à bord des chars de l’Intercolonial pour aller prier en commun au sanctuaire renommé de Beaupré. Tous, pour un moment, avaient fait trêve à leurs travaux des champs ou aux soucis de leurs professions respectives pour accomplir un dessein de piété à l’appel des bons Pères de Ste Croix de Memramcook—les initiateurs et les directeurs de ce pieux pèlerinage. Le voyage fut heureux ; c’était un voyage de famille dont les membres, quoique relativement étrangers les uns aux autres, étaient tous du même esprit comme ils étaient de la même foi, de la même prière et du même cœur.

En débarquant du bateau à Ste- Anne, nos pèlerins se font remarquer immédiatement par leur tenue pieuse, digne et réfléchie, par l’enthousiasme religieux qui rayonne sur tous les visages et qui interprète si bien leur inébranlable confiance en la bonne Ste-Anne. Qu’on nous dispense de décrire les élans de cœur que peuvent susciter la vue d’un sanctuaire miraculeux unie au son du chant des pèlerins et de l’harmonieux carillon d’une basilique où les infirmes retrouvent la santé, où tous retrempent si fortement leur foi. Il suffit de dire que sur la parcours de la procession, les étrangers se découvraient pour nous saluer—nous les éloignés croyants de Madian et d’Epha venus, non pas chargés de présents périssables, mais apportant aux pieds de la patronne du Canada l’encens de nos ferventes prières, l’or de notre foi et la myrrhe de notre dévouement et les fatigues d’un long et pénible voyage.

Les pèlerins entrent dans le saint lieu en chantant en chœur : Sancta Anna, ora pro nobis. Après avoir présenté nos adorations et reçu la bénédiction du Très Saint Sacrement, un père rédemptoriste monte en chaire, salue chaleureusement les pèlerins acadiens, leur assure que Ste-Anne ne comptera pas pour rien les grands sacrifices du pèlerinage qu’ils viennent accomplir, les invite à la prière, à la confiance, prédit que Ste-Anne veillera sur leurs besoins, sur leurs pêcheries et qu’ils ne s’en retourneront pas sans emporter des preuves non équivoques de la puissance de cette grande advocate. Aussi, le lendemain, à la grande messe, quatre miracles éclatants s’opéraient parmi nos pèlerins pour témoigner de l’attention spéciale manifestée envers eux par la bonne Ste. Anne. Une dame de Menoudie, une autre de la Baie Ste. Marie, N. E. une troisième de Richibouctou et un enfant du Barachois recouvrent la santé et l’usage de leurs membres à ce sanctuaire de prodiges et de grâce et au sortir de la basilique on les voit, ces paralytiques de la veille, marcher et se promener d’un pèlerin à l’autre, annonçant la bonne nouvelle de leur guérison, louant, bénissant et remerciant Dieu des insignes faveurs obtenues par l’intercession da la bonne Ste-Anne. Certes, il disait vrai ce Père de l’Eglise lorsqu’il enseignait aux fidèles que Ste. Anne veut dire “grâce.” Anna rursus similiter gratia interpretatur. Après lui Bossuet disait “que les saints sont toujours vivants par la vertu qui sort de leur sépulcre”—nous pourrions dire que la biographie et les œuvres d’autre-tombe de Ste-Annese continuent par la vertu qui sort de ses reliques. Ce ne sont plus des attestations du passé, ce sont des faits qui vivent au milieu de nous, qui se passent parmi nous et sous nos yeux. Et si St. Augustin célébrant, du haut de la chaire d’Hyppone, la vertu des ossements de Saint-Etienne pourrait dire : “Voilà les malades et les possédés qu’il a guéris,” nous, pèlerins acadiens, en présence de ce que nous avons vu et à la veille de la fête de la bonne Ste. Anee, nous pouvons et nous devons lever la main pour répéter le même témoignage. Oui, les pauvres ont été consolés, les infirmes soulagés, les aveugles ont vu, les boiteux ont marché, des misères sans nombre ont été secourues, et tous les pèlerins acadiens, ô Ste. Anne, inépuisable thaumaturge du Canada, n’oublierons jamais la bonne odeur de ton sanctuaire et la grandeur de tes bienfaits.

PH. F. B.
Havre-à-Boucher, 18 juillet.