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Grande Célébration à Memramcook

Journal : 
Année : 
1888
Mois : 
2
Jour : 
22
Titre de l'article : 
Grande Célébration à Memramcook
Auteur : 
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Page(s) : 
2
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

GRANDE CELEBRATION A MEMRAMCOOK

Mardi, 14 février, il y avait grande fête dans la paroisse de Memramcook; on célébrait le cinquante-septième anniversaire de la naissance du Révd. Père Lefebvre curé de la dite paroisse. Ce jour, si longtemps désiré et si impatiemment attendu par tous les paroissiens est donc enfin arrivé. Tous les cœurs respirent la joie et le bonheur. Les paroissiens se rendent en foule à l’église, car une messe solennelle sera l’ouverture de la fête. En entrant dans le lieu saint on est, sur le champ, frappé par la beauté des décorations qui en ornent l’intérieur. De magnifiques banderolles aux couleurs variées, suspendues à la voûte, descendent en arches au-dessus de l’autel et de la nef en se croissant, s’entrelaçant, se fuyant, se rapprochant avec un ensemble merveilleux. La grand messe est chantée par le Rév. Père Lefebvre assisté du Rév. Père LeBlanc comme diacre et le Rév. Père Cormier comme sous-diacre, tous deux en qualité d’enfants de la paroisse. Les ornements les plus riches sont étalés pour la circonstance; l’autel est paré de bouquets magnifiques. Tout porte à la piété et à l’admiration. Il n’est pas jusqu’à la voix si impressionnable du Rév Père Lefebvre qui n’émeuve tous les cœurs au sublime moment de la préface. Il fallait entendre exécuter, par le chœur St Thomas, la messe de Warner, pour constater toute la beauté de cette pièce de musique.

La Fanfare du Collége St. Joseph assistait à la cérémonie; ce corps de musique, sous l’habile direction du Rév. Père Bourque, fit, en différentes occasions, retentir les voûtes de l’église de ses accords harmonieux dont l’écho puissant se répercutait dans les cœurs de tous les assistants. On est enthousiasmé en présence de toutes ces beautés.

Mais la messe est terminée, et le Rév. Père Lefebvre, dépouillé de ses habits sacerdotaux, revient prendre son siège dans le chœur. Puis, sans lui donner le temps de se remettre de son étonnement, deux d’entre les membres du comité s’avancent pour lui faire la lecture des adresses; l’une en français par le Dr. E. T. Gaudet, et l’autre en anglais par le Dr. E. P. Doherty. Mais le bon Père n’est pas au bout de sa surprise, car, voilà que ceux qui étaient restés à l’écart pendant la lecture des adresses, s’avancent à leur tour et vont offrir au Rév. Père Lefebvre le superbe cadeau qui lui est destiné; c’est un paletot en mouton de Perse; gants en peau de loup marin en foulard de soie. C’est avec le sourire sur les lèvres, la joie et le bonheur dans le cœur qu’il reçoit ce riche cadeau. Il serait difficile de reproduire l’admirable discours que le Père Lefebvre prononça alors; néanmoins, j’essaierai d’énumérer ses principales idées. D’abord remerciements à ses paroissiens pour ce magnifique cadeau qui, plutôt par les circonstances qui l’accompagnent que par sa valeur intrinsèque, lui est cher à plus d’un titre; il se reconnait indigne de tant de marques d’estime, n’ayant été que le faible instrument de la Providence dans tous les travaux accomplis. Toujours il n’a eu qu’à conseiller, qu’à demander, tous les cœurs de ses paroissiens l’ont compris et toutes les bourses se sont ouvertes. Il les félicite de leur attachement, de leur dévouement pour leur pasteur. Memramcook est la paroisse modèle; le progrès matériel est remarquable; ses monuments en sont la preuve; l’Eglise, le Collége, le Couvent sont autant de magnifiques bâtisses qui font aujourd’hui la gloire de Memramcook. Mais c’est surtout au point de vue spirituel que la paroisse a fait d’immenses progrès; il serait trop long d’énumérer ici les preuves. Cependant le Rév. Pére Lefebvre a fait remarquer que, si la paroisse était sur un si haut pied de prospérité sous le rapport spirituel, le terrain avait été préparé; il n’avait eu qu’à le bien cultiver. Cette préparation avait été faite par M. Lafrance dont les dignes restes reposent maintenant sous le maître-autel. Oh! alors, il fut éloquent le Rév. Père Lefebvre en réveillant un si doux souvenir. Il dit que c’était à M. Lafrance qu’était dûe la gloire des fondations du collège St. St. Joseph, refuge de la jeunesse studieuse. Il rappela alors les paroles que Léon XIII adressait à un de ses évêques à propos de l’éducation de la jeunesse : L’évêque de St. Flour était allé visiter le Souverain Pontife à l’occasion de son jubilé sacerdotal; le Pape lui ayant donné sa bénédiction lui dit : “Monseigneur, quand vous serez de retour dans votre diocèse recommandez bien à vos prêtres de travailler avec zèle et avec courage à l’éducation de la jeunesse.” Le Père Lefebvre demande aussi à ses paroissiens de contribuer à cette noble et belle action par leurs encouragements et leurs prières. Il termine en remerciant de nouveau ses paroissiens des égards qu’ils ont pour lui.

Le discours fut interprété en anglais par le Rév. Père O’Neill, et avec grand succès. Le Rév. Père Lefebvre ayant béni tous les assistants, on quitta l’église pour se mettre en procession jusqu’au collége. La Fanfare, dans un char orné pour la circonstance, ouvre la marche; les élèves et les paroissiens suivent. Arrivé au Collége le Rév. Père Lefevbre est l’objet des bourras les plus joyeux. Les paroissiens et les élèves rivalisent d’ardeur les uns crient : “bourra pour notre pasteur,” les autres : “bourra pour notre Supérieur.” Après avoir, pendant quelques instants, rempli l’air de ses joyeuses instants, rempli l’air de ses joyeuses exclamations, la foule se disperse.

Nous croyons de notre devoir d’adresser des félicitations bien méritées à ces dévoués paroissiens qui ont montré en cette occasion, un zèle et une activité dignes des plus grand éloges. Disons en terminant que l’adresse lue avec tant d’âme et d’expression par le Dr. F. T. Gaudet mérite les louanges les plus sincères. Vous direz sans doute comme nous après l’avoir lue.

ADRESSE

Bien Aimé et Vénéré Pasteur,

En ce jour de joie et d’allégresse, glorieux anniversaire de votre naissance, permettez aux heureux paroissiens que vous conduisez depuis audelà de vingt-trois ans dans le sentier de la vertu, d’exprimer d’une manière sensible les sentiments de reconnaissance et de gratitude qui débordent de leurs cœurs en cette circonstance solennelle. Quoi de plus charmant pour nous, que l’inestimable jouissance de nous reposer un instant dans cette charmante oasis de la vie, de nous abreuver aux eaux salutaires de la gratitude, et de nous acquitter du plus doux comme du plus sacré des devoirs celui de la reconnaissance. Reconnassance du cœur amour pur et desintéressé, affection sincère acquise au prix de tant de sacrifices, marquée aux coin du mérite et de la justice, scellée du sceau de ce doux mélange de bonté et d’énergie, qui vous rend maître de tous les cœurs. Sentiments irrésistible, qui a pu ébranler toute une paroisse, qui la prosterne au pied du même autel, la réunit sous le même étendard qui inspire à tous les cœurs les mêmes soupirs, et aux âmes le même élan d’enthousiasme et de généreuse activité! Harmonie lente, mâle et joyeuse, formée des accents mesurés de la vieillesse, qui met sur ses lèvres les souvenirs héroïques du passé : des accords graves de l’âge mûr qui se plaît à répéter les pures jouissances du présent, et des voix riantes de la jeunesse qui enivre des plus légitimes espérances de l’avenir. La reconnaissance, telle est donc la puissance souveraine qui, réhaussée de l’éclat divin qui illumine votre front, subjugue tout un peuple devant une seule personne : La personne chérie, vénérée de son pasteur.

Mais pourquoi essayer d’énumérer les titres incontestables de votre apostolat à notre attachement? Comment exprimer en langage naturel l’éloge de ce ministre du Seigneur, qui depuis tant d’années, n’a ambitionné d’autre gloire que celle d’utile, n’a désiré d’autre récompense que notre avancement dans la vertu, n’a reçu que pour nous rendre heureux? Quelle plume pourrait décrire, quelle éloquence pourrait célébrer dignement les immenses bienfaits que votre saint zèle répandus au milieu de nos depuis cette époque, où succédant au Rév. Messire Lafrance, notre père commun, vous nous avec dirigés dans la voie du devoir, sous la tutelle, bienfaisante de vos saints enseignements. Notre parole, nous le comprenons, ne saurait s’élever à la hauteur des nobles actions qui se rencontrent à chaque pas dans notre glorieuse carrière. Ici un père affligé revient plein de force et de courage au sein de sa famille, là une épouse éplorée, prête à succomber sous les peines qui empoisonnent son existence, renait à la vie chrétienne; plus loin, un pécheur répentant lave dans les eaux salutaires de la pénitence une âme souillée des taches hideuses du péché; des quatres coins de la parosse s’élève un concert de louanges et de bénédictions à l’adresse de celui qui s’est efforcé de faire régner au milieu de son troupeau les vertus des premiers chrétiens.

Hélas! faut-il le dire, au milieu de cette joie universelle, l’idée d’avoir pu quelquefois vous déplaire, de n’avoir pas toujours suivi vos conseils, d’avoir assombri votre bonheur, nous impose l’obligation de formuler un désaveu sincère de ces écarts passagers que vous nous avez déjà pardonnés. Permettez nous donc en ce beau jour, bien aimé Pasteur, de vous offrir ce faible tribut de notre amour et de notre reconnaissance. Ce modeste cadeau, dans son langage muet, mais éloquent, suppléera à nos paroles imparfaites pour servir d’organe à la voix de tous vos paroissiens. L’avenir prouvera que votre dévouement trouve un écho fidèle dans tous nos cœurs. Nos prières monteront sans cesse vers l’Éternel comme un encens d’agréable odeur pour attirer les bénédictions du ciel sur celui qui, comme sentinelle avancée de l’éducation dans notre pays, contribue si largement au progrès de notre race.

Les générations futures rediront d’âge en âge les vertus de cet homme de Dieu qui, sous la robe du missionnaire, par ses exemples autant que par ses paroles, fit respecter la justice, régner l’union et la concorde, honorer la vertu, fleurir les sciences et les arts. Puissiez-vous demeurer encore longtemps au milieu de nous! Puisse le Seigneur exaucer les vœux que nous lui adressons pour votre bonheur et que les années futures conservent pleine de force et de vigueur celui qui est un honneur pour le sacerdoce, une gloire pour son pays, un trésor pour ses ouailles!

Aujourd’hui surtout, nous redoublons nos prières, espérant que le Seigneur daignera nous accorder la seule faveur que nous lui demandons : Paix et Bonheur pour notre Bien Aimé Pasteur.

E. T. Gaudet, M. D.
André J. Bellibeau,
Narcisse LeBlanc,
Au nom de vos Paroissiens,
Un Assistant.