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Est-ce assez?

Journal : 
Année : 
1888
Mois : 
1
Jour : 
11
Titre de l'article : 
Est-ce assez?
Auteur : 
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Page(s) : 
2
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

EST-CE ASSEZ

L’homme est un animal raisonnable composé d’un corps mortel et d’une âme immortelle. Il lui incombe de soigner la première partie de lui-même, si nous pouvons ainsi nous exprimer, mais dites-nous, est-ce assez? A cette question, le bon sens répond : non, ce n’est pas assez; si son corps, masse qui retournera en poussière, a besoin de certaines attentions, combien, à plus forte raison, sont grands les besoins de son âme, cette lumière intérieure qui le distingue de tous les autres animaux de la création.

L’homme nalt avec des aptitudes qui demeurent comme ignorées de lui-même tant qu’une raison plus virile ne lui a pas appris à les tirer petit à petit de leur abscurité : l’homme est à la fois un être physique, moral et social, mais ces trois qualités de sa supériorité future ne s’épanouissent qu’en autant que ceux dont il relève lui en aient fourni l’occasion; en conséquence, il devient clair comme le jour que l’intelligence requiert des soins tout particuliers pour peu qu’on attende des individus qui composent la société humaine tout le bien-être général qui sont le résultat pratique du développement progressif de l’homme physique, moral et social.

L’esquimeau qui vit dans son outre au milieu des glaces flottantes du Labrador ne rend aucun service à la société, et pour quelles raisons? Dire qu’il vit une existence entière sans jamais connaître d’autre horloge que l’astre qui roule sur nos têtes, d’autre bonheur que celui de détendre la corde d’un arc; ajouter qu’il ignore qu’il y a telle chose en ce monde qui s’appelle “les sciences exactes,” une autre, la philosophie, une autre la physique; que cette infortuné est, enfin, ignorant de toutes les merveilles opérées dans l’industrie comme de sa propre excellence, voilà autant de raisons de sa futilité comme être moral et social.

D’après tout ce qui précède, ne pouvons-nous donc pas, sans ambages, venir à la déduction rationelle en vertu du bien-être moral, religieux, matériel et social que l’homme doit au moins autant de soins à son intelligence qu’à son corps? oui, tout naturellement; oui logiquement; oui, nécessairement. Cicéron a dit; Esta Vir! Sois un homme! Pour cultiver cette intelligence qui révèle la supériorité de l’homme, un philosophe de l’antiquité, le grand Aristote, travaillait sans cesse, et pour ne pas perdre trop de son temps à dormir, il tenait dans sa main une boule de cuivre afin que le bruit qu’elle ferait en tombant dans un bassin de cristal le réveillât; Vespasien, empereur de Rome, recevait ses visites à cinq heures du matin afin que le jour entier lui restât pour travailler; et une foule d’hommes des siècles passés, non moins laborieux que ceux que nous venons de nommer vivent encore parceque, tout païens qu’ils étaient, ils étaient hommes religieux, moraux et sociaux.

Aidons donc à cette flamboyante jeunesse qui nous entoure; ouvrons lui donc les sentiers de l’avenir en commençant par développer en eux cet objet pensant, et poussant tous vigoureusement et courageusement à la roue, la nation acadienne deviendra ainsi toujours de plus en plus distincte parmi les races hétérogènes qui se partagent le beau pays du Canada.

A l’œuvre, et courage!