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Aux Acadiens de l'Ile

Journal : 
Année : 
1905
Mois : 
2
Jour : 
1
Titre de l'article : 
Aux Acadiens de l'Ile
Auteur : 
----
Page(s) : 
4
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

Aux Acadiens de l'Ile

Monteur l'Editeur,

Heureuse surprise, hier! L'IMPARTIAL a reparu. Salut! o noble pionnier et défenseur des droits français de l'Ile St Jean!

Il est donc vrai que les morts ressuscitent! Mais, cette fois, ce doit être à l'instar des âmes du Purgatoire. Ce bon IMPARTIAL vient aujourd'hui demander, non seulement des prières, mais aussi l'aumône de l'abonnement.

Lui aussi, en toute vérité, peut dire aux Acadiens de l'Ile, ainsi qu'à ceux des deux autres provinces sœurs : "Miseremini mei, salieus vos, amici mei."

Oui, compatriotes de l'Ile, si vous ne semblez pas suffisamment apprécier l'extrême importance d'un journal français au milieu de vous, au moins ayez pitié de celui qu'à su et qui saura encore faire de si généreux sacrifices pour votre avancement comme peuple distinct.

Braves Insulaires, regardez avec moi, comme leçon de chose, ce qui s’est passé chez-vous, depuis la disparition de votre seul organe français. Qui vous a entretenus des faits religieux, économiques et sociaux qui se sont effectués dans votre milieu, depuis la disparition de l'IMPARTIAL? Ou était la sentinelle, la seule qui pût vous avertir des menées à la sourdine ourdies peut-être contre vous, comme souvent il arrive, surtout quand on sait qu'elle dort?

Vous oserez peut-être me dire : mais, nous recevons d'autres journaux français et anglais. Et moi de répliquer, et à vous de réaliser : est-ce que ces autres journaux, même français, rédigés loin de vous, peuvent être au fait, connaitre et comprendre vos besoins locaux et urgents? Que vous ont apporté d'intérêt direct et d'actualité ces publications étrangères à vos besoins de chaque jour? Absolument rien, n'est-ce pas?

Et d'ailleurs, si vous avez les moyens de vous payer un journal étranger et inconscient de vos nécessités, pour quoi pas patronniser, ne serait-ce que par orgueil national, celui qui est imprimé tout exprès pour vous?

Et les journaux anglais, tant bien intentionnés qu'ils puissent être à votre égard, vous entretiennent-ils des prompts moyens à prendre pour entretenir l'union, la fraternité, l'action commune, en telle et telle circonstance, afin de vous faire avancer, comme Français? Vous êtes forcés, n'est-ce pas, même à votre honte, de répondre, non!

Qu'ont fait et que font encore aujourd'hui les Canadiens du Canada et ceux des Etats Unis? Ont-ils confiés aux autres nationalités le soin de les instruire, de défendre et revendiquer leurs droits? Des journaux mensuels d'abord, ensuite hebdomadaires ensuite quotidien et en grand nombre ils les ont fait naître, selon les besoins et les circonstances: ils les ont fait vivre et prospérer à coup de patriotisme. Et cela, parce qu'ils avaient conscience de leur isolement et de leurs besoins comme nation à part. Aussi leurs efforts ne furent pas vains. Leurs organes nationaux tout nombreux et puissants actuellement: ce qui démontre un peuple viril et justement fier des succès obtenus.

N'est-ce pas pour vous, Acadiens de l'Ile, qui ce n'est qu'à la naissance de l'IMPARTIAL que vos progrès, comme tels, ont commencé pour de bon; que ce n'est qu'à cette date qua les autres Acadiens, ainsi que les autres peuples, ont appris à vous connaître et à vous apprécier?

Oh n'allez pas, désormais, avec un si beau commencement, reculer en face d'un si minime sacrifice! je devrais dire, au plaisir et à l'honneur patriotique d'encourager et de soutenir de toutes vos forces votre seul journal national.

Au contraire, soyez-en fiers: que toutes les familles se fassent un devoir de s'y abonner, de le lire et de bien le payer tous les ans.

Ce sont là mes ardents souhaits: à vous et à votre vaillant IMPARTIAL pour l'année dix-neuf cent six.