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Correspondance

Journal : 
Année : 
1904
Mois : 
2
Jour : 
11
Titre de l'article : 
Correspondance
Auteur : 
Artisan
Page(s) : 
4
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

Correspondance

M. le Rédacteur.

Je lisais dans L'Artisan du mois de janvier un article dû à la plume du président général, M. Alfred Lambert, dans lequel il montre le progrès que la société des Artisans Canadiens Français a faits pendant l'année 1903.

L'article en question contient d'excellents passages, entre autres :

"Partout où se rencontrent des descendants de la vaillante France, la société est là qui prêche à tous rattachement que nous ont légué nos pères; le respect de notre langue, l'amour de notre foi, l'attachement à nos traditions, le souvenir de notre passé."

"C'est donc parce qu'elle est une œuvre philanthropique; c'est donc parce qu'elle est une œuvre nationale, que nous devons aimer notre société."

Belles paroles qui peuvent réchauffer les cœurs les plus froids.

Lorsque la belle société des Artisans Canadiens Français a été introduite parmi nous dans cette province, les paroles dont se sert le président général aujourd'hui nous étaient adressées par lui-même ainsi que par son organisateur, M. N. Lachance. Nous avions confiance alors dans les paroles chaudes, patriotiques, philanthropiques et nationales de ces messieurs et nous nous sommes enrôlés sous la bannière de la belle société des Artisans Canadiens Français, afin, disions-nous, d'avoir une société française, une société de secours mutuels, dont les membres ne seraient que des Français et dont l'œuvre serait philanthropique et fortifierait davantage les liens qui unissent les descendants des expatriés de 1755.

Tout cela était bien beau; mais vite nous avons compris que souvent les belles paroles de ceux qui veulent s'introduire parmi nous ne sont pas toujours sincères.

Ce ne sont plus les nobles descendants de la vaillante France qui dirigent les Artisans chez nous. C'est notre faute, me direz-vous. Tout au contraire la faute est due à ceux qui dirigent les affaires, en permettant leur règlement, qui nous avait été donné comme chose sacrée, d'être faussé; en permettant à des personnes d'autres nationalités d'occuper des positions lucratives dans la société au détriment des Acadiens; enfin, en se rangeant du côté de l'injustice et donnant droit de cause à la fausseté, la calomnie et la haine. Ceux qui voulaient sauvegarder l'honneur et les traits distinctifs de la société; la maintenir essentiellement française; combattre l'élément destructeur contre lequel nous avons à lutter ici, sont régalés de villes épithètes et jugés par ceux qui dirigent la société, en haut lieu, comme n'ayant aucun droit de plainte et cela après avoir entendu les paroles patriotiques(?), philanthropiques (?) et nationales (?) de ceux qui ont introduit la société au milieu de nous.

Oui, la société des Artisans Canadiens Français est une belle société et pourrait faire beaucoup de bien parmi nos pauvres Acadiens qui, de jour en jour, ont à subir les injustices de ceux qui s'arrogent le droit d'anéantir tout ce qu'il y a de français dans notre province; mais le baiser de Judas a vite montré son empreinte dans toute sa laideur.

Une société qui permet à un ou deux de ses officiers de combattre la justice en donnant droit de cause aux points qui tendent le plus directement à violer ses règlements ne peut, selon moi, s'attirer beaucoup de respect de la part de nos nationaux.

Vous remerciant, M. le Rédacteur pour l'espace dans votre estimable journal.

Je demeure votre etc.
Ile du P. E.
ARTISAN
2 fév. 1904