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De la langue Française

Journal : 
Année : 
1898
Mois : 
2
Jour : 
24
Titre de l'article : 
De la langue Française
Auteur : 
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Page(s) : 
7
Type d'article : 
Contenu de l'article : 

DE LA LANGUE FRANCAISE

Cette belle langue française que vos bonnes et pieuses mères vous ont appris à ballutier, et dans laquelle vous priez Dieu chaque jour, est assurément ce qui, après la religion, vous importe le plus d'étudier et de connaitre.

S'il vous est donné aujourd'hui de parler avec toute liberté la langue de vos ancêtres, les plus avancés d'entre vous savent déjà fort bien qu'il n'en a pas toujours été ainsi dans le passé : que nos pères ont dû longtemps combattre pour nous conserver ce dépôt sacré de notre langue que nos nouveaux maitres voulaient à tout prix nous ravir, croyant, dans les circonstances, devoir nous imposer leur propre langue.

Mais, heureusement pour nous, le clergé d'alors, animé de sentiments religieux et patriotiques qu'on ne saurait jamais trop louer et fort qu'il était en même temps de la bonté, de la justice et de la sainteté de sa cause, qui était celle du peuple,[mot illisible], seul d’abord, résister avec fermeté à tout empiétement sur nos droits de la part de nos vainqueurs, et lutter avec non moins d'énergie contre les prétentions d'un pouvoir arbitraire. Plus tard, aidé, dans les chambres d'assemblée, du patriotisme éclairé de nos grands hommes politiques d'alors, il put enfin nous assurer définitivement ce droit ainsi que d'autre privilèges.

Vous le voyez, c’est au prix de luttes pénibles et de bien grands sacrifices que vous avez librement aujourd'hui du droit – droit qui devra toujours vous être particulièrement cher – de parler la langue de vos ancêtres. Cette belle langue française, si remarquable pour sa clarté et sa souplesse, mais surtout pour le nombre, la valeur et la variété des chefs d'œuvre qu’elle a produits et ne cesse de produire encore.

Oui, aimez bien cette langue que des hommes de génie, tels que Bossuet, Corneille etc., ont fait briller d'un si vif éclat, et que nos premiers poètes et littérateurs canadiens cultivent avec amour et succès.

Appliquez vous donc, tous les jours à la bien étudier, à la bien connaitre, pour ensuite la bien parler : en d'autres termes, sachez donner à la lecture, à la grammaire, à l'orthographe, à l’analyse, à la rédaction ou à la composition littéraire, tout le soin et l'attention que méritent ces différentes matières