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Assemblee des Instituteurs

Journal : 
Année : 
1898
Mois : 
2
Jour : 
10
Titre de l'article : 
Assemblee des Instituteurs
Auteur : 
----
Page(s) : 
4
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

Assemblee des Instituteurs

Si nous avons eu occasion de trouver à redire à l’indifférence des contribuables et autres pour avoir failli d'assister à l'assemblée des instituteurs du 15 janvier, voir aujourd’hui, nous sommes à même de dire qu'ils se sont rachetés avec honneur à la séance tenue samedi passé, le 5 du courant. C'est avec un sensible plaisir qu'il nous est donné d'établir le fait que l'assemblée était nombreuse et bien représentée tant de la part des instituteurs et institutrices que de celle des contribuables.

L'assemblée fut exceptionnellement intéressante sous tous les rapports. D'abord deux excellents papiers –l’un en français; "Les conditions sanitaire de nos écoles"; l'autre en anglais : "Moral éducation in our schools", furent lus par Mlle Mary Conroy et lui attirèrent des félicitations bien méritées de la part des Revs. Pères Macdonald, Chaisson, Turbide, des Profs. Gallant et Buote, de l'Editeur de l'IMPARTIAL et du Dr Murphy qui fut très heureux dans ses remarques.

Mlle. Mclver, jeune institutrice irlandaise, était venue des extrémités de la paroisse de Palmer Road avec plusieurs de ses élèves qu'elle fit lire devant l'assemblée, non pas dans l’intention de les offrir comme modèle, mais plutôt en vue d’acquérir des informations sur la manière d'enseigner la lecture française. Ces enfants, dont aucune ne dépasse une douzaine d’années, s’acquittèrent honorablement, et quoiqu’on ne puisse affirmer qu'elles lisent le français d’une manière tout à fait correcte, elles rendirent témoignage d'un heureux commencement et démontrèrent que leur maitresse quoique de nationalité étrangère, prend un intérêt spécial à l’étude de notre langue. Cette démarche de la part de Mlle. Mclver fut fort appréciée et lui gagnèrent les félicitations de ceux qui étaient présents. Cette institutrice, dont le zèle et le dévouement sont si manifestes, montre un bel exemple aux institutrices et instituteurs qui, espérons le, sauront en profiter.

Le Prof. Buote alors passa la leçon en revue, la lut pour les enfants – leur faisant remarquer les points les plus saillants quant à la prononciation, la ponctuation et l'inflexion de la voix, et termina en félicitant, à son tour, Mlle Mclver sur l’intérêt qu'elle prend pour une langue qui lui est encore assez étrangère, il est vrai, mais qu’elle aime déjà par anticipation, à en juger par les peines qu’elle se donne pour l’acquérir aussi parfaitement que possible.

Ici, le Prof Gallant donna, au long, des explications très utiles sur la liaison des mots dans la lecture.

Un papier sur la "Lecture à haute voix" fut alors lu par l’Editeur de l’IMPARTIAL qui en lut un autre immédiatement après sur la “Propriété de faire commencer l’étude de la géographie aux enfants français en leur langue maternelle”. L’Editeur produisit des arguments convaincants et logiques à l’appui de sa thèse. Il appuya tout particulièrement sur le fait que la géographie étant une étude de tous les jours dans les écoles, cette étude en français contribuerait fortement à accoutumer les enfants à s’exprimer d’une manière pure et correcte. Il est l’assentiment complet de l’assemblée

La lecture de ce papier nous ramène au plaidoyer que nous faisons depuis quelque temps en faveur d’une géographie française à l'usage de nos écoles élémentaires françaises. Quoique nous ayons eu le malheur de nous mériter la désapprobation de quelques uns à ce sujet, nous sommes plus convaincu que jamais que nous marchons dans la bonne route. Les vues que nous avons exprimées à cet égard ont été hautement approuvés par les journaux pédagogiques du Canada ainsi que par tous les autre journaux les plus en vue où le français est le mieux compris. Les mêmes opinions prévalent dans les provinces maritimes chez ceux qui sont les meilleurs juges. Citons entre autres le “Moniteur Acadie”. Voici ce que le confrère de Shédiac disait encore dans son numéro du 28 janvier, à propos des résolutions adoptées à l'assemblée du 15 janvier, à la salle Ste. Marie, en vue d'avoir une géographie française dans nos écoles élémentaires :

"Nous applaudissons des deux mains ce nouveau mouvement que viennent d'inaugurer les instituteurs acadiens de l'Ile, ils peuvent être certains qu'ils ont l'admiration de tous les amis de la cause française, lorsqu’ils font de si nobles efforts pour asseoir sur une base solide d’enseignement du français dans les écoles confiées à leurs soins.

L'usage d'une géographie française dans les écoles fréquentées par les enfants d'origine acadienne serait incontestablement un pas remarquable dans la bonne voie et d'un grand secours à nos compatriotes dans l’accomplissement de la belle et grande tâche qu’ils se sont si noblement imposée."

Quelques jours plus tard, une institutrice du comte de Westmorland, N. B., écrivait à l’un de nos journaux acadiens et disait :

“A propos de français et d’anglais à enseigner dans les écoles, mon expérience et celle de bien d’autres, aux têtes plus remplies que la mienne, me dit qu’il faut d’abord enseigner aux enfants leur langue maternelle. C'est logique. Autrement, ils ne sauront jamais ni l'une ni l’autre. Après qu'un enfant peut lire et écrire dans sa propre langue, il réussit aisément à apprendre une langue étrangère.”

La nécessité de faire commencer à nos enfants français leurs études en leur langue maternelle, est donc un fait bien reconnu, un fait incontestable, pour la géographie comme pour tout le reste.

Il ne faut pas avoir peur de son ombre. Les pères de l'éducation dans notre province, dans leur sagesse, ne sauraient faire autre que d'apprécier nos efforts. Le fait même que dans les collèges et dans les écoles supérieures anglaises on ne néglige rien pour acquérir les beautés de notre belle langue, doit nous donner un élan de zèle à nous perfectionner nous-mêmes.