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Recit Acadien

Journal : 
Année : 
1894
Mois : 
2
Jour : 
8
Titre de l'article : 
Recit Acadien
Auteur : 
Geo. Av. Marsan
Page(s) : 
4
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

RECIT ACADIEN

LE TRESOR DE L’EGLISE DE GRAND PRE

…………….L’ambition avide égare les mortels qui la prennent pour guide.

Avant que l’Acadie fut le théatre des déprédations des anglais, plusieurs phénomènes étranges s’y manifestèrent. Une croix lumineus aparut dans le firmament; des tremblement de terre remplirent d’effroi les paisibles populations, et lors qu’un orage venait fondre sur la contrée, des bruits sinistres se faisaient entendre. Les habitants, terrifiés, appréhendaient quelques malheurs; tous s’entouraient de précautions minutieuses, et l’on cachait dans les souterrains les objets précieux.

Les craintes furent bientôt confirmées, lorsque les Anglais, ces nouveaux cannibales eurent posé leur pied sacrilège sur le sol de la fertile Acadie. Ils exercèrent une cruauté inouïe sur toutes les personnes; cruauté dout les fastes de l’histoire nous offrent quelques rares exemples.

A Grand Pré, les vases sacrés et la cloche furent déposés avec vénération dans les caveaux de l’église. Une épaisse couche de terre devait dissimuter l’existence de ces caveaux à toutes les recherches, selon les pieuses espérances de la population qui comptait aussi sur une fin prochaine des calamités présentes. Mais on ignorait le raffinement de la malice des Anglais, bien décidés à profiter de leur facile victoire d’une manière aussi nouvelle que barbare. Ces laches envahisseurs, sous le commandement des infames Lawrence et Winslow, se ruèrent comme des bêtes fauves sur les Acadiens; ils assiégé enteurs maisons, les enfoncèrent, pillèrent tout, et lorsqu’ils eurent peinement satisfait leur haine et leur basse avarice, ils embarquêrent les vaincus sur des vaisseaux. Ces malheureux fassaient retentir l’air de leurs cris : la mère éxplorée appetait l’enfant arraché de ses bras; ai leurs, un époux cherchait avec anxiété son épouse chérie; chacun se voyait séparé de ses proches. Pour combien d’infortune, les Anglais les disperèrent dans leurs différentes colonies depuis Boston jusqu’à la Caroline, les abandonnant inhumainement au milieu d’une nation dont ils ne comprenaient pas la langue. Que d’avanies ils eurent à essuyer de ces hommes sans foi ni honneur! Que de pères eurent à pleurer l’éloignement de leur fils alors que brisés par les ans, ils ne pouvaient plus se procurer les aliment indispensables à leur existence; nul ami peut-être n’enfendra leurs plaintes et leurs prières!

Pendant ce temps la, ceux qui avaient échappé à la déportation venaient pleurer sur les ruines encore fumantes de leurs habitations et de leurs églises que Dieu remplissait jadis de sa majesté sainte.

“Helas! S’écriaient-ils dans leur douleur quel triste aspect présentent nos champs dévastés; nos yeux ne rencontrent que a solitude et les débras : vestiges d’une nation à demi disparue, Nous n’avons même plus de temples pour retremper notre courage abattu. Dieu juste, procurez quelque soulagement à notre misère!”

Ils gémirent ainsi pendant de longues années, en proie aux privations les plus douloureuses. Les vieillards eurent toujours dans leur mémoire le souvenir de cette époque néfaste, et pendant les soirées d’hiver voici la légende le Grand-Pré, qu’ils racontaient à leurs petits fils :

Peu de temps après la déportation de 1755, un vaisseau étranger vint mouiller dans le bassin des Mines. Les imaginations, encore frappées des massacres récents, furent vivement surexcités par cette arrivée. La nuit suivante se passa dans une anxiété fiévreuse. Vers deux heures du matin, on aperçu une chaloupe remplie d’hommes se diriger vers la terre ferme. Les que que Acadiens qui en furent témoins ne savaient trop que penser de cette étrange conduite, et les yeux fixés sur la chaloupe, ils entaient en vain de sonder les intentions de ceux qui cherchaient ainsi les ténèbres pour venir par milieu d’eux. L’obscurité de la nuit ne leur permit pas toutefois de voir leur débarquement.

Le lendemain, tout avait disparu. Le vaisseau à ce qu’on cru d’abord, avait quitté le bassin dans la crainte de se baisser sur les récifs, car un violent orage s’était abattu sur la contrée vers la fin de la nuit. Quelqu’un affirma qu’il avait entendu le tintement d’une cloche, alors que les vents déchaînés soulevaient les flots et les précipitaient avec violence sur le rivage. On se porte sans plus tarder vers le caveau qui renfermait le trésor de Grand Pré, ou la première chose à frapper leur regard fut la pièce de bois employée à soutenir la cloche : le mystère dont s’était entouré le vaisseau commençait à s’expliquer.

Après avoir ouvert le caveau, les habitants constatèrent que tout avait disparu, depuis les vases sacrès jusqu’à la cloche bénie dont les clappes avaient si souvent réuni leurs co-paroissiens et amis.

C’était une nouvelle affliction pour les pauvres Acadiens. Cependant, ils ne maudirent point leur sort, mais ils demandèrent à Dieu un surcroit de courage. Trois jours après ce vol sacrilège, ils apprennent qu’un vaisseau avait fait naufrage! Pendant la tempête celui là même sur lequel avaient été transportée les effets enlevés.

En toutes ci constances il est vrai de dire qu’un bien mal acquis ne profite jamais, comme il est vrai de dire que rapt d’un peu le innocent s’appelle et s’appeler partout de même, car la conscience de l’humanité ne parle qu’une langue.

Geo. Av. Marsan

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