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Une voix amie

Journal : 
Année : 
1888
Mois : 
11
Jour : 
28
Titre de l'article : 
Une voix amie
Auteur : 
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Page(s) : 
1
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

UNE VOIX AMIE

Nous ne saurions passer sous silence les conseils qu’une voix de France vient d’adresser au peuple canadien-français. Il en avait le droit, il en a usé. Il en avait l’occasion, il en a profité.

Reste à nous de nous bien pénétrer de ces paroles, que l’écho devra répercuter de la Gaspésie aux rives de l’Outaouais.

Cette voix amie est celle M. Rameau, qui, au banquet donné à Montréal en son honneur, a prouvé une fois de plus combien il est attaché au Canada, combien il aime cette race française qui se propage sur la terre d’Amérique avec une si étonnante rapidité.

Il fait bon d’entendre ainsi les conseils de l’amitié, au milieu des bruits des luttes quotidiennes, et de la désunion que des personnes exaltées fomentent quelquefois en croyant servir leur pays.

Nous progressons, nous sommes plus forts qu’au commencement du siècle; mais nous oublions de temps à autre que nous sommes la minorité et que la sagesse nous commande une prudente réserve.

Comme l’a dit M. Rameau dans les paroles que nous allons citer, ne demandons pas trop à la politique, ne lui demandons pas plus qu’elle ne peut nous donner.

Et qui dira qu’en certaines circonstances nous ne demandons pas trop à la politique?

Ne suffirait-il pas de jeter le regard sur le dernier lustre de notre histoire pour avouer qu’en effet des esprits superficiels ou des ambitieux ont failli gravement compromettre notre avenir national en soulevant, par leurs exagérations, les autres races contre la nôtre? Nous ne (illisible) perdre de vue que ceux qui représentent plus spécialement nos intérêts dans le gouvernement, ne peuvent accomplir, dans le milieu où ils se trouvent, tout ce qu’ils désireraient faire, et qu’il leur faut compter des autres. Voilà pourquoi prêtres et laïques ne doivent point demander à la politique plus qu’elle ne peut donner.

Ne recommence-t-on pas aussi à faire miroiter aux yeux de notre peuple l’annexion du Canada à la république américaine?

A ce propos, M. Rameau s’écrie : « on vous parle souvent de vos voisins et on vous vante leur politique. Ne les imitez pas. Ils n’ont pas vos qualités et vous n’avez pas leurs défauts, vous n’avez rien à leur envier. »

Ces paroles renferment un grand sens politique. Elles sont élogieuses pour nous sans doute, mais elles n’en sont pas moins vraies, et viennent d’une personne désintéressée qui, connaissant notre passé et nos aspirations, et prévoyant l’avenir, désire que nous soyons les conquérants du sol et non les conquis d’un pays voisin. Le rôle de fondateur d’une grande nation est difficile à remplir, mais il est d’autant plus noble qu’il est plus glorieux.

Méditons bien les avis de M. Rameau, et remercions cet ami sincère de notre nationalité de nous aider de ses conseils dans la route difficile : que nous avons à parcourir.

Voici en quels termes sympathiques le remarquable auteur de « La France aux colonies » termina son éloquent discours :

« Restez Canadiens, en conservant la tradition de votre passé. Restez chrétiens; c’est dans la tradition de l’Eglise catholique que vous avez trouvé votre organisation et votre force. Peuple le pays que Dieu vous à départi.

« Soyez unis, vous soutenant les uns les autres dans le double but d’être forts à l’intérieur et de commander l’influence au dehors.

« Ne perdez jamais de vue, dans votre vie journalière, la mission qui vous incombe, afin d’y trouver la force de subordonner les interêts inférieurs et les discussions secondaires à l’accomplissement de cette grande œuvre que vos pères ont commencée et qu’ils ont léguée à leur postérité.

« N’oubliez pas vos frères éloignées. Pensez à ceux qui sont passés à l’étranger, mais qui doivent avoir gardé le souvenir de la patrie. Ne le delaissez pas. N’imitez pas la France, qui vous avait oubliés. Si nous avons commis une faute, pardonnez-nous la et n’en commettez pas une vis-à-vis de vos frères séparés.

Il vous faut de l’énergie, de la force, pour accomplir votre destinée et, pour avoir cette force, il vous faut l’union.

« Ne demandez pas trop à la politique; ne lui demandez pas plus qu’elle ne peut vous donner. Et que peut-elle vous donner? Bien peut de choses. Ne vous querellez donc pas trop pour elle. Travaillez avec plus d’ensemble à l’avancement de votre pays, de votre nationalité.

« Le passé doit vous encourager à travailler avec ardeur, avec union. Votre passé montre une prospérité extraordinaire. On y remarque trois phénomènes, que j’explique.

« Vivant avec un peuple qui est reconnu comme un grand colonisateur et comme le peuple le plus envahissant vous gagnez tous le jours du terrain sur lui, puis votre race se propage d’une manière étonnante et, enfin, chose très rare, vous faites remonter le courant de la colonisation vers le nord, tandis que pour le autres peuples, le courant gagne le sud.

Soyez donc unis et vous réussirez dans tout.

« On vous parle souvent de vos voisins et on vous vante leur politique. Ne les imitez pas. Ils n’ont pas vos qualités et vous n’avez pas leurs défauts. Vous n’avez rien à leur envier.

« Imitez plutôt vos pères, qui, passés sous la domination anglaise et n’ayant rien à attendre de leurs nouveaux maîtres, s’étaient repliés sur eux-mêmes, pour travailler ensemble et songer à tout ce qui fait une nation grande et forte.

« Encore une fois, soyez unis et sachez vous contenter de peu; c’est là le secret du bonheur et de la prospérité. » -- Courrier de St. Hyacinthe.