Mais voyons donc!

Année
1881
Mois
9
Jour
22
Titre de l'article
Mais voyons donc!
Auteur
-----
Page(s)
2
Type d'article
Langue
Contenu de l'article
MAIS VOYONS DONC! M. Pascal Poirier nous « prend en grippe; » ce qui nous étonne autant que cela nous chagrine. Si nous ne savions que la colère est mauvaise conseillère, nous entrerions à notre tour en campagne et nous irions rejoindre M. Poirier « dans le fossé. » Nous avons trop d’estime « vraie » pour M. Poirier pour l’y suivre. Quels que soient les sentiments qui inspirent à M. Poirier sa tirade imméritée contre le directeur du Moniteur, il commet une injustice à notre égard et quand le calme et la réflexion auront repris leur empire, M. Poirier, à qui nous n’avons jamais donné lieu de douter de notre amitié, s’avouera au fors de la conscience qu’il a été trop prompt à nous ranger au nombre des « oiseaux de passage » « aux injures et aux persifflages » desquels, selon lui, est « en batte un Acadien qui fonde un collège ou fait quelque chose de méritant. Notre passé est là, le Moniteur est là pour prouver que M. Poirier fait erreur et que les pavés qu’il nous adresse avec si peu de cérémonie ne tombent pas à bonne enseigne. Aussi les voyons-nous éclater à nos pieds sans nous émouvoir aucunement. Nous n’avons pas à répondre de la conduite des autres. Si les quelques personnages que M. Poirier a « pris en grippe » avec nous s’étaient rendus coupables de la moitié seulement de ce qu’il leur reproche, ils n’auraient pas volé la raclée. Mais nous croyons bon de dire ici que M. Poirier exagère bien des choses sans le moindre scrupule. M. Poirier pousse l’amabilité jusqu’à nous accuser,–indirectement, il est vrai, mais non moins carrément–de pactiser avec « tout ce petit monde grouillant » qu’il a « entendu se vanter qu’ils allaient convoquer une autre convention acadienne et se choisir la St-Jean-Baptiste, » c’est–à-dire de vouloir annuler, renverser le choix de l’Assomption, fait par la convention de Memramcook. C’est une calomnie de la plus belle venue, qu’elle sorte du carrefour ou de la boutique. Jamais un mot n’est sorti de notre bouche, pas une ligne n’a été tracée par notre plume, qui pût justifier cette assertion. C’est le contraire qui est vrai, M. Poirier n’est pas sans le savoir. Et nous pourrions invoquer à ce sujet, si besoin en était, le témoignage de personnes dont M. Poirier ne récuserait pas l’autorité. Du moment que l’Assomption a été adoptée, nous avons en tout temps et en tout lieu maintenu qu’il était du devoir de tout le monde de se soumettre au verdict de la convention. Et nous oserons affirmer que dès que l’épiscopat aura signifié la sanction que lui a demandée la convention avec un esprit de respect et de soumission qui l’honore, le 15 août sera partout chômé de bonne grâce et avec entrain, même par ceux-là que M. Poirier voudrait reléguer au nombre des réfractaires. Nous avons dit plus haut que M. Poirier tombait dans l’exagération. Par exemple, il affirme que les principaux avocats de l’Assomption à la convention–MM. les abbés Richard, Doucet, Belliveau, les curés acadiens de l’Ile du Prince Edouard, M. Johnson et lui,–sont l’objet des éclaboussures d’une nuée de jeunes porte-plumes. Pour notre part, nous sommes encore à apprendre qu’une seule éclaboussure ait été dirigée contre MM. les abbés Belliveau, Chiasson et Boudreault. Plus loin M. Poirier représente l’hon. M. Landry comme étant l’objet des « dégoisements » du « menu-fretin » qui veut substituer la St Jean-Baptiste à l’Assomption. Le seul « dégoisement » qui se soit fait contre l’hon. M. Landry, à l’occasion de son attitude sur la question de la fête nationale, l’a été par un « fretin » qui ne fraie plus avec les amis de la St Jean-Baptiste, et nous espérons que M. Poirier comprendra sans qu’il soit besoin de préciser davantage. Un mot maintenant de cette polémique qui se poursuit dans le Moniteur depuis la convention. Nous aurions voulu l’empêcher dans le principe. On avait à se plaindre de certaines paroles, de certains discours, et on voulait des éclaircissements. Nous conseillâmes à Touriste de prendre une autre voie. Il insista. Ceux qu’il attaquait, sur des choses passées dans le domaine public, étaient capables de riposter. M. l’abbé Richard et M. Poirier et quelques autres lui répliquèrent. Tous ceux qui étaient dans la mêlée pouvaient tirer leur épingle du jeu. On y alla gaiement de part et d’autre, et s’il y a manqué quelque chose, ce ne sont pas les horions assurément. Nous avons été le témoin forcé de ce combat de gladiateurs entre gens à chacun desquels, humble artisan que nous sommes, nous aurions besoin de prendre conseil presqu’à chaque heure du jour comme vous le dirait notre curé si sa charité ne lui faisait oublier nos écarts de tous les instants. Nous concevons facilement que M. Poirier en veuille à Touriste et à Bénédict, car ils ne l’ont pas ménagé, lui et le Révd M. Richard. Mais, d’un autre côté, comme on nous le faisait remarquer il y a quelques jours, on avouera que M. Richard et M. Poirier ne s’échinent pas non plus à ménager les susceptibilités d’autrui. Ouvrons par exemple la dernière feuille du Moniteur, et lisons le discours prononcé par M. Richard le jour de la St-Louis en réponse à l’adresse flatteuse et fort méritée que ses paroissiens venaient de lui présenter. On y trouve les passages suivants : « Vous faites allusion à la part que j’ai prise dans la convention acadienne de Memramcook. Je suis heureuse d’avoir pu seconder vos vœux dans le choix que nous avons fait de l’Assomption de Marie comme fête nationale. En cela, mes chers paroissiens, je n’ai fait qu’accomplir un devoir que je devais à mes compatriotes, aux Acadiens. Si je n’eusse adopté la ligne de conduite que j’ai suivie, je n’aurais pas osé revenir au milieu de vous et de me dire l’ami des Acadiens. Cette question n’était rien moins qu’une question de vie ou de mort nationale pour nous. Vos délégués l’ont compris, le clergé acadien l’a compris, nos jeunes hommes les plus distingués l’ont compris et jamais dans les annales de notre histoire on ne rencontrera pas une scène plus émouvante que celle qui eut lieu à la convention lors de l’adoption de l’Assomption pour notre fête nationale……………….. Qu’importe, nous n’avons fait que notre devoir, et ceux qui ne l’ont pas fait sont les plus à plaindre……… » Nous sommes de ceux qui ont le plus applaudi et admiré les saillies les plus éloquentes du discours de Messire Richard sur la fête nationale. Il a eu des mouvements, des élans sublimes, qui auraient fait tressaillir les auditoires électrisés par les plus grands orateurs de la vieille France. Il a vaillamment combattu pour l’Assomption, qui lui doit, ainsi qu’à M. Poirier, une large part de son triomphe. C’était son droit et les partisans de la St Jean-Baptiste ne lui ont pas contesté, ils ne lui contestent pas, pas plus qu’à ses amis. Mais M. Richard ne va-t-il pas un peu trop loin, ne force-t-il pas un peu la note, quand il affirme, en termes dont la clarté et la signification sautent aux yeux, que ceux qui ont travaillé ou opiné pour la St Jean-Baptiste, n’ont pas accompli leur devoir envers leurs compatriotes, les Acadiens; qu’ils ne devraient pas oser se montrer au milieu des leurs et se dire les amis des Acadiens; que ce sont des assassins, des parricides, des traîtres à la nationalité acadienne? Le Père Bourgeois, MM. les abbés Jos. Pelletier (ancien curé de St-Louis s’il vous plaît), D’amour, le Père Lefebvre, l’hon. P. A. Landry, président et principal organisateur de cette convention, et l’hon. Jos. O. Arsenault, pour ne parler que de ceux qui ont ouvertement exprimé leur préférence pour la St Jean-Baptiste, sont donc les traîtres à la race, à la nationalité acadienne, des judas, des prévaricateurs qui ont fait faux bond à leur devoir, qui ont porté une main criminelle sur l’arche de l’existence du peuple qu’ils étaient venus là pour protéger? Est-ce assez clair? Quand on voit des hommes comme cela, dont la droiture d’intentions, dont le dévouement, l’intelligence et le patriotisme sont au-dessus de tout soupçon, traités si cavalièrement, doit-on s’étonner qu’il se soit levé un Bénédict pour sabrer ceux qui ont si peu de ménagements et si peu d’égards pour les convictions de personnes,–« respectables et respectées, » on n’en disconviendra pas,–qui ont eu le tort de différer l’opinion avec eux? Quant à l’assertion répétée par plusieurs que nous avons laissé insulter le peuple Acadien dans nos colonnes, ceux qui nous lisent et qui s’en rapportent à leur propre jugement aussi bien qu’à celui des autres nous rendront le témoignage qu’il n’en est pas ainsi. Admettons qu’il y ait eu insulte, trois ou quatre personnages ne forment pas le peuple acadien. Au reste ce n’est pas comme Acadiens, ni comme prêtres, ni même comme avocats de l’Assomption que M. Richard, M. Poirier, M. Johnson, ont été tancés d’importance, tout le monde le comprend, et nous avons d’amples garanties. Nous le répétons, nous avons pour M. le curé de Saint-Louis tout le respect et toute l’admiration que peuvent inspirer ses œuvres de dévouement et de patriotisme; nous respectons ses convictions et ses idées, ainsi que colles de ses amis sur cette questions, même quand nous ne pouvons les partager. Nous regrettons vivement la polémique ardente qui s’est engagée malgré nous, les paroles acerbes et les coups qui ont été échangés. M. Poirier sait tout cela comme nous, mais sous le coup d’une excitation passagère que nous aurions voulu lui épargner, il prend l’attitude du démolisseur et nous injurie dans notre propre « journal selon leur cœur. » Si nous n’avions d’autre ambition, dans la mission parfois bien pénible et bien décourageante que nous accomplissons au meilleur de notre connaissance et toujours dans les pures intentions qui entourèrent son berceau que celle de servir nos intérêts d’ « oiseau de passage, » il y a longtemps que nous serions « renvoyé, » et que nous serions, dans un bureau de poste peut-être, à l’abri des avalanches d’aimables qualificatifs qui nous en viennent aujourd’hui. Il est à espérer que la morale de cette échauffourée ne sera pas perdue et qu’on profitera à l’avenir des leçons qu’elle renferme. Quiconque s’en va-t-en guerre doit s’attendre à recevoir comme à donner des coups. Le vapeur Sardinian, est arrivé d’Europe à Québec vers 11 heures et demie, samedi, ayant à son bord le premier ministre de la Puissance, Sir John A. Macdonald, lady Macdonald, et le premier ministre de la province de Québec, l’honorable M. J. A. Chapleau. Les deux premiers ministres ont d’abord mis pied à terre sur la rive sud, où ils ont reçu une adresse de salutation et de bienvenue de la part du maire et des citoyens de Lévis. Un grand nombre de citoyens de Québec, ayant en tête le maire de la cité, le club Cartier et une délégation du junior Cartier-Club de Montréal, assistaient à cette première réception, et escortèrent ensuite les deux premiers ministres jusqu’à Québec. La réception, ici, a été comme à Lévis, des plus cordiales. Trois adresses ont été présentées. Les deux premiers ministres ont répondu successivement en termes des mieux appropriés. L’assistance était heureuse de revoir ses deux chefs, qui lui reviennent pleins de santé et de vigueur. -Journal de Québec –M. Blake ayant prétendu que les mineurs de Pictou gagnent moins aujourd’hui que sous l’ancien système, M. Simpson, gérant de la Compagnie Internationale de charbon à Westville, dans le comté de Pictou, lui répond en affirmant que les mineurs ont des gages plus élevés et qu’ils ont constamment de l’emploi : ce qui n’était pas le cas il y a trois ans. Il est évident que M. Blake s’était mal renseigné à ce propos.