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Correspondance parlementaire.

Journal : 
Année : 
1884
Mois : 
3
Jour : 
20
Titre de l'article : 
Correspondance parlementaire.
Auteur : 
------
Page(s) : 
02
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

Correspondance parlementaire.
Ottawa, 14 mars 1884.

L’on se fâchait autrefois d’entendre appeler Aristide, le juste. L’on avait tort, mais on a raison de s’indigner quand nous voyons les journaux d’Ontario traiter les Lower Canadians comme des êtres arriérés. Les Acadiens sont mis sur le même pied, sinon pire encore. Cependant tandis qu’il y a progrès réel dans l’éducation des Acadiens et des Canadiens, l’on constate avec un sentiment pénible que l’éducation diminue ici dans la grande province Supérieure. Le nombre de ses élèves diminue dans les écoles! O tempora! O mores! Bien plus, l’on comprend la nécessité d’apprendre le français. Voilà le renversement des choses ; les familles aisées envoient leurs enfants, étudier dans les collèges du Bas-Canada, et notamment dans celui des RR. PP. Oblats, à Ottawa. La race supérieure tire à sa fin. Mais voyez plutôt la progression descendante de ses élèves dans les écoles :

……………………Ecoles élémentaires…………..Ecoles supérieures
1877……………490,860…………………………….500,989
1878……………489,075…………………………….500,489
1879……………487,012…………………………….500,007
1880……………483,045…………………………….490,040
1881……………471,218…………………………….490,040
1882……………471,012…………………………….484,098

La statistique est encore en frais de me faire médire, et cela en plein carême! après avoir entendu une éloquente conférence faite dans la cathédrale de mgr Duhamel. Ah! pécheurs endurcis, nous finirons donc par l’impénitence finale!

***

Comme c’est commode d’être gouvernement! Quand vous n’avez plus d’argent, vous en faites, quoi! C’est ainsi le montant des monnaies d’argent et d’or, canadiennes, frappées pendant ces trois dernières années, ont été comme suit : 1883, $300,000 ; 1882, $500,000 ; 1881, $650,000, soit un total de $1,450,000 ayant laissé un profit de $200,083 ; environ 14, 1-2 p. c. Le montant de la monnaie de cuivre frappée pendant ces trois années, a été de $60,000, laissant un bénéfice de $36,293, ou 60 1-2 p. c.

Seulement pour avoir droit de fabriquer monnaie il faut en avoir la responsabilité et les moyens. N’en fabrique pas qui veut! malheureusement chaque piastre d’or ou d’argent monnayé en coûte au moins deux! Ce qui m’ôte toute envie de me mettre mineur. La vraie mine, c’est la culture du sol. Si les Canadiens et les Acadiens voulaient le comprendre. Ça viendra.

***

A propos d’Acadiens, je voue envoie ce que Monsieur Charles Thibault, l’un de leurs plus fidèles et plus sympathiques amis, dit d’eux dans la biographie de Sir Charles Tupper qu’il vient d’écrire. Ce livre est un événement dans le genre. Ce n’est pas seulement le portrait de Sir Charles, mais c’est une histoire complète de notre politique depuis vingt-cinq ans. Cette page éloquente et émue de Monsieur Thibault mérite d’être conservée. La voici :

« Après la dispersion inique de ce malheureux peuple, jeté pêle-mêle sur des vaisseaux étrangers et transporté loin de ce qui lui était cher, séparés les uns des autres, un certain nombre (environ cinq mille en comptant ceux qui avaient fuit dans les forêts), étaient parvenus à pied et en demandant leur nourriture à la charité particulière, à retourner dans leur patrie! Ils avaient ainsi fait pas moins de quinze cents milles pour revoir leurs campagnes désolées, et retrouver leurs foyers détruits! Il y a tant de charmes pour le coin de terre qui nous a vus naître! Plus on a souffert pour son pays, plus on l’aime. L’amour n’est-il pas fondé sur le sacrifice ? Les larmes ne sont-elle pas le critère ? Rien n’est cruel à supporter comme l’exil quand il est immérité. Les Acadiens ne voulurent pas s’y conformer. Traqués comme des bêtes fauves, poursuivis comme des criminels, bannis de leurs demeures, dépouillés de leurs biens ils revinrent! Pendant cinq années vivant au sein de forêts profondes, se nourrissant de racines et de fruits sauvages, ils y endurèrent tous les maux inhérents à une aussi triste situation. Peu à peu ils se rapprochèrent des habitations, se mêlèrent à la foule. Le gouvernement aurait eu honte de les persécuter davantage ; on les laissa libres. L’histoire aura des flétrissures inconnues jusque-là pour les bourreaux de l’Acadie, les Lawrence, les Moysten, les Boscowen. »

***

La discussion du budget n’a pas donné lieu à grand fracas cette année, bien que le chef de l’opposition eût fait ressusciter d’entre les morts politiques Sir Richard Cartwright pour manger les millions de Sir Leonard Tilley. Mais le coffre-fort du gouvernement a été trouvé si agréablement rempli d’or, appétissant et les comptes si bien tenus, que le Parlement a fermé la bouche pour étendre la main et s’est mis de suite à voter les crédits demandés.

***

Le succès de la politique nationale et de l’habile administration du gouvernement conservateur est si notable que les libéraux même commencent à y croire. En proportion de sa population, pas un pays au monde n’a autant d’entreprises colossales sur les bras que la confédération canadienne, et pas un pays ne se tire aussi bien d’affaires qu’elle. Pourtant le gouvernement a diminué les taxes de $2,300,000 pendant l’année fiscale 1882-3 et la diminution sera encore plus considérable pour l’année 1883-4. Les taxes ôtées sur le thé, le café et le tabac, seules se montent à un million de piastres.

***
Il pourrait se faire, après tout, que le bill de Sir John donnant droit de vote aux femmes, ne vienne devant la chambre, cette année encore, que juste le temps d’exciter un soupçon d’espoir dans le cœur des matronnes qui ont perdu toute espérance de voter by proxy au moyen de maris. S’il continue ainsi à faire danser devant les yeux des filles d’Eve ce rayon de soleil masculin sans le faire arrêter une bonne fois sur la boîte du scrutin, on dira de Sir John qu’il avait le cœur plus dur que … le fameux Piron!

SUBERCASE.

LEGISLATURE LOCALE

Les procédés deviennent plus intéressants dans la chambre d’assemblée à mesure que la session avance ; les galeries ont même été gratifiées de plusieurs altercations assez graves entre la droite et la gauche. Naturellement c’est au comité des subsides que la chambre se déride. Sur l’item de $7,500 pour intérêts, M. Hanington a fait dire au gouvernement qu’il empruntait à droite et à gauche pour subsister et que cette somme était nécessaire pour payer l’intérêt sur les emprunts qu’il se proposait de faire pour faire face aux divers services publics. Le gouvernement a avoué qu’il n’avait pas le sou en caisse, et qu’il avait demandé au gouvernement fédéral de lui avancer le subside qui ne sera dû qu’en juillet. Or chacun se rappelle les jets d’indignation que les emprunts opérés par le gouvernement. Hanington Landry inspiraient à M. Blair et à ses collègues et combien on protestait contre ce que l’on appelait l’assujettissement du gouvernement local au cabinet d’Ottawa. Encore un point sur lequel l’hypocrisie de M. Blair et de ses amis a éclaté au grand jour.

L’opposition par la bouche de MM Wetmore et Adams, a établi que la dette flottante s’est accrue sous l’administration–Blair, de $265,000 que M. Elder la représentait en avril 1883, à $291,000 que les documents publics nous la montrent en 1884. Un joli bilan pour des économies!

Les comptes publics montrent que le gouvernement a payé $150 à un nommé Blackhall de St Jean. Ce nommé Blackhall avait présenté au gouvernement–Fraser, du temps que M. Landry était commissaire en chef, un compte de louange de voiture de $700 lors de la visite du marquis de Lorne et de la Princesse Louise. M. Landry lui paya $500 et refusa de payer le reste. L’année dernière, M. Blackhall s’adressa à M. Ryan, commissaire en chef du gouvernement Blair, qui lui paya $150. L’autre jour l’opposition demanda des explications sur cette transaction extraordinaire. M. Blair répondit qu’il avait payé cette somme parceque le compte de M. Blackhall avait été certifié par M. Landry ou par M. Hanington. Ce dernier nia la chose en ce qui le concernait. Jeudi, M. Hanington ramena cette affaire sur le tapis en produisant une dépêche de M. Landry niant d’avoir certifié le compte Blackhall et d’en avoir recommandé le paiement. M. Blair était pris dans ses propres filets. Il osa nier avoir dit que le compte avait été certifié par M. Landry et donna pour raison qu’il avait dit que M. Elder lui avait donné à entendre que M. Landry avait recommandé le paiement de ce compte.

M. Hanington fit voir l’inconséquence de M. Blair en termes énergiques. Vendredi M. Blair répliqua à M. Hanington et lui décocha nombre d’épithètes non parlementaires. M. Hanington riposta sur le même ton, et M. Blair, piqué jusqu’au sang, fit venir l’orateur et proposa que certaines expressions lui fussent rapportées. L’orateur conseilla la modération, ce qui vida l’incident.

M. Hanington a demandé des renseignements sur la manière dont le pont du collège de Memramcook avait été réparé. La soumission du contracteur O’Brien, était pour $748, et il a présenté un compte de $1,987.24. O’Brien agissait aussi comme surintendant et Leblanc comme inspecteur. Rien ne montre que les plans aient été changés ; ces réparations se sont faites juste au moment de l’élection de M. Killam.

M. Ryan répond que le contrat n’a jamais été renvoyé au bureau et que l’entrepreneur avait présenté un compte de $1978. Il lui a fait remettre $750, et a décidé de ne plus rien payer sans la sanction d’un comité de la chambre.

M. Killam a dit que l’entrepreneur refusait de faire l’ouvrage conformément au contrat et de signer celui [illisible] que des changements étaient nécessaires pour sauver le pont. Je n’ai pas garanti le paiement du compte, mais je l’ai certifié, parceque l’ouvrage a été bien fait et le prix raisonnable. On doit rendre justice à l’entrepreneur.

Au sujet du pont de Frédéricton, M. Blair a admis indirectement qu’il ne serait pas construit, et il a voulu en rejeter la responsabilité sur l’opposition.