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"To be or not to be; that is the question"

Journal : 
Année : 
1893
Mois : 
2
Jour : 
9
Titre de l'article : 
"To be or not to be; that is the question"
Auteur : 
Acadien
Page(s) : 
02
Type d'article : 
Langue : 
Contenu de l'article : 

“To be or not to be; that is the question”

M. le Rédacteur,—

Depuis que j’ai souvenance j’ai entendu dire et prêcher par nos orateurs et nos prêtres et lu dans nos journaux et historiens ces conseils :

“Acadiens conservez votre religion, votre langue, vos mœurs et vos coutumes” Et aujourd’hui je me demande tout bas, si ces mêmes orateurs, historiens et autres ont bien réellement et en vérité l’avancement, le progrès et l’émancipation des Acadiens à cœur; où s’ils ont formé une conspiration avec nos ennemis les Irlandais pour nous mieux tenir simples et timides afin que ces derniers puissent nous tenir dans l’esclavage et se servir de nous comme marchepieds pour arriver et obtenir les places d’honneurs, d’émolument et de commandement. En 1755 nous avons été expatriés, chassés, arrachés de notre chère Acadie; depuis cette date nous avons été méprisés et tenus dans la sujétion par les nationalités qui forment avec nous la population du territoire qui comprend la vieille Acadie. Dans le Nouveau-Brunswick il y a trois comtés français, c-à-d où la majorité de la population est française ou acadienne, nommément Gloucester Victoria et Kent. Dans le dernier nous avions depuis plusieurs années réussi à élire un Acadien pour représenter ce comté à la chambre des communes, mais à l’élection de Décembre dernier les Irlandais nous ont arraché la représentation de ce comté, dernier pilier qui marquait l’existence politique de 60,000 Acadiens dans la province du Nouveau-Brunswick (“ 60,000 fous” disent les Irlandais par leurs candidatures et les Acadiens par leurs votes disent “ vous aviez raison”)

Dans le comté de Gloucester où la population est trois quarts acadienne nous avons M. Kennedy F. Burns, un Irlandais, député à la chambre des communes, un nom qui sonne mal à l’oreille d’un Acadien. Dans le comté de Victoria nous avons M. Costigan mais on dit quelque part “Halte là! il faut faire une exception, “ soyons justes” et pourquoi faire d’exception, M. le rédacteur, à l’égard de ce monsieur? Est-ce parce que faisant parti du gouvernement il a donné son assentiment aux nominations de M. P. Poirier au sénat, de M. Robidoux au poste de percepteur des douanes? Ce qu’il a fait en cela n’était que son propre devoir comme celui de tout autre ministre et ne mérite aucun remerciement étant amplement payé pour la place qu’il occupe; et si un Acadien eût occupé ce poste n’aurait t-il pas fait autant pour nous? Dans le comté de Kent, dernier rempart des Acadiens en cette province, nous avons M. Georges V. McInerney, un autre Irlandais. Cette situation est triste et humiliante pour tous les vrais Acadiens. Mais pourrait-on point trouver les causes qui ont contribué et qui contribuent à cet état de choses? Oui, M. le rédacteur, je crois connaître ces causes et pouvoir vous les donner : premièrement ni les Anglais, ni les Irlandais désirent nous donner justice et nous voir arriver même dans les comtés où nous avons la majorité, quoiqu’en ceci les premiers nous montrent plus de tolérance que les derniers. Deuxièmement les Irlandais et les Anglais sont toujours unis et forts, tandis que nous, nous sommes presque toujours à l’état de division et par conséquent faibles. Et sitôt qu’un des nôtres arrive à une position tant soit peu élevée il y a des jaloux qui sur le champ commencent à fomenter des intriques pour l’en abattre et ce qui est plus regrettable ce n’est pas toujours les plus ignorants qui commencent à semer ces divisions parmi nous. Nous avons vu de nos prêtres appuyer la candidature de McInerney contre le Dr Léger en 1890 et encore d’autres faire la même chose à la dernière élection de Kent. Nous avons vu aussi un député acadien à la chambre d’assemblé opposer le Docteur Léger et appuyer Geo. V. McInerney en 1890. Pourtant si nous prenions exemple des Irlandais ces scandales n'arriveraient point dans nos rangs. Ces gens là ont supporté comme un seul homme, libéraux comme conservateurs, G. V. McInerney dans Kent à quatre élections: eu 1878, 1882, 1883 et 1887 quoi qu’il fût le grit des grits. En 1890 il se présente comme conservateur et ils l'appuient encore tous, en 1892 il se présente encore et cette fois comme conservateur indépendant et une fois de plus les Irlandais du comté, conservateurs comme libéraux, et ils sont presque tous libéraux les Irlandais, votent pour M. McInerney et avec eux les Anglais. Dans le comté de Gloucester nous voyons le même esprit d’union, car que M. Timothy Warren Auglin, le grit des grits, pose sa candidature tous les Irlandais du comté votent pour lui et contre M. Turgeon, ou bien que ce soit
M. Kennedy F. Burns, conservateur des conservateurs, qui soit le candidat ces mêmes Irlandais sont aussi unanimes en sa faveur et contre M. N. A. Landry.

Tous ces faits sont assez connus et assez clairs et font si bien voir la tactique des Irlandais que la question vient naturellement : comment se fait-il qu’un seul Acadien vote pour un Irlandais? Et ceci me ramène à ma première question : y a-t-il conspiration? Je ne vois point de moyen que notre sort politique s’améliore comme les choses marchent aujourd’hui. Or, dans cet état de honte et d’esclavage où nous sommes, il vient à l'esprit, puisqu'il en est ainsi de nous, s’il ne serait point préférable, pour nous de cesser d’être Acadiens, de nous d’acadienniser et d’adopter la langue et les coutumes des Anglais. Si nous cessions d’être Acadiens nous serions peut-être sur le même pied en politique que les autres nationalités qui nous entourent, et quoique le sacrifice serait grand nous serions dédommagés de la perte que nous ferions en changeant notre état d’esclavage et de sujétion pour le grand jour de la liberté politique. Mais nous dira-t-on “ à quoi bon ce désespoir, ces réclamations de la part des Acadiens il y a plus d’Acadie, d’Acadiens, d’Anglais, de Français, d’Irlandais, d'Ecossais, nous sommes tous dorénavant Canadiens.” Oui c’est vrai, mais ce n’est pas moins vrai que dans les comtés où les Anglais d’origine sont plus nombreux ils élisent un Anglais pour les représenter à Ottawa; dans les comtés dans Ontario, sur l’Ile du Prince Edouard, à la Nouvelle-Ecosse, au Cap-Breton où les Ecossais d’origine ont la majorité ils élisent des Ecossais.

Dans les comtés dans la Province d’Ontario où les Allemands d’origine ont la majorité ils élisent des Allemands; dans l’Alsace et la Loraine, deux provinces Françaises appartenant a l’Allemagne par conquête depuis 1870, les Français de ces deux provinces élisent des Français pour les représenter à Berlin. Qui dis-je les nègres mêmes du sud des Etats-Unis, qui ne sont affranchis de leur esclavage que depuis quelques années, ont leurs représentants dans les partements du pays. Il n’y a que les Acadiens qui ne sont encore sortis de l’esclavage politique. Et pourtant il me semble que Dieu qui est bon et juste n’a pas voué ce petit peuple à un esclavage éternel.

En terminant, M. le rédacteur, je veux ici dire que je ne déteste point les Irlandais, ni les Anglais, au contraire, je les admire pour leur union, pour leur esprit de corps et je leur en veux que pour ce qu’ils nous ravissent. Pour ces mêmes raisons je m’éprise tous les Acadiens qui n’ont pas toujours à l’esprit ce patriotisme pur, cet esprit de corps, cet esprit de désintéressement et d’abnégation personnelle pour l’intérêt et l’avancement de tous. Une chose qui m’a fait beaucoup de peine c’est de voir ces correspondants qui de part et d’autre depuis l’élection de Kent se “chantent leurs vérités” dans nos journaux acadiens. On a été jusqu’à dénigrer nos hommes publiques les plus méritants de la patrie. Je ne vois aucune charité, aucun amour de la patrie dans tous ces longs écrits à une exception près- Il est vrai qu’on y trouve beaucoup de bons mots. Un célèbre philosophe français, M. Pascal, a dit dans ses pensées “diseur de bons mots mauvais caractère”— Que Dieu protège et veille sur l’Acadie, les hommes l’ont toujours ou abandonnée ou trahie.

ACADIEN.
Kent, jan. 1893.