Les Acadiens

Journal
Année
1893
Mois
9
Jour
6
Titre de l'article
Les Acadiens
Auteur
l'Independant
Page(s)
2
Type d'article
Langue
Contenu de l'article
LES ACADIENS Quoique les Acadien soient généralement comptés comme faisant parti du peuple canadien; ils ont cependant une histoire, des traditions nationale et de malheurs qui leur donnent un caractère distinctif. Les Acadiens sont comme nous descendants de vieux colon français qui, il y a environ 300 ans vinrent planter sur les plages du Nouveau Monde le drapeau des rois de France et la Croix du Christ. Soumis toutes sortes d'épreuves, en butte aux guerres incessantes entre les colonies anglaises et française, ils grandirent cependant en conservant vaut dans leur cœur un souvenir ineffaçable de l'ancienne mère patrie. Abandonnés plus tard aux mains des Anglais, ils durent subir les presécutions les plus barbares de la part de leurs nouveaux maître. Les Acadiens ont toujours été laborieux et économes, et malgré les épreuves et les contretemps, ils s'étaient crée une heureuse aisance au commencement de la domination anglaise. Groupés autour du clocher du village, ils resserraient d'autant plus les liens de l'animitié fraternelle qu'ils étaient plus abandonnés et songeaient le moins du monde à s'emparer des rènes du pouvoir. Ils excellaient surtout dans la culture des champs et l'élevage du bétail. Les cupides Anglais préposé au gouvernement de cette partie de l'Amérique; jetaient des regards d'envie sur les belle propriété de l'Acadie, et pour cacher l'odieux de leur spoliation, ils formulèrent contre les Acadiens une accusation de conspiration, et sans leur laisser le temps de protester on Ies embarqua pêle mêle sur des vaisseaux anglais, sans distinction de famille ni de sexe, comme un vil bétail, et en les transporta sur les côtes de la Nouvelle Angleterre, sans vivres et sans autres ressources que le désespoir et l'exil. Ceci se passait en 1755. Ceux qui avaient échappé à la déportation se sauvèrent dans les bois ou ils eurent à combattre contre les fatiguée et la faim. Les infames persécuteurs se partagèrent le butin des prescrits et pour étouffer le cri de leur conscience et disaient entre eux : “Jamais le peuple acadien ne reviendra pour raconter nos méfaits, il doit périr irrévocablement." IIs avaient compté, ces misérables sans la main de la Providence. Au milieu de ces malheurs, les Acadiens n'oublieront pas le nom de Dieu et cette foi profonde ne tarda pas à être récompensée. Ceux qui s'étaient sauvés dans le bois fondèrent de nouvelle colonies, les déportés sur les côtes de la Nouvelle Angleterre errèrent à l'aventure pendant quelque temps et, poussés par l’instinct que l'on ne trouve que dans les grandes ames ils retournèrent au pays natal en se réfugiant au Canada. Quelque familles vinrent de temps en temps se fixer autour de la vieille chapelle en ruine et grace à leur prodigieuse vitalité, reconstituèrent le peuple acadien. Peu nombreux, d'abord, sans école, souvent sans prêtres, ils conservèrent cependant leur vieux langage français et la foi de leur ancêtre. Ils grandirent ainsi jusqu'à il y a quelque trente ans, ou le R. P. Lefebvre fut envoyé eu Canada pour fonder à Memramcook un collège que l'on mit sous la protection de saint Joseph. Les jeunes Acadiens allèrent puiser dès lors à cette institution la science qui devait leur permettre de défendre les droits de leurs concitoyens et devenez à l'exécration des peuples, les tyrans qui avaient régné sur cette malheureuse Acadie. Dès les premières années du collège St Joseph on adopta comme point de ralliement la fête nationale des Canadien français, la St Jean Baptiste. En 1880 lors de la grande convention canadienne à Québec, les Acadiens décidèrent de convoquer une convention purement acadienne pour l'année suivante. Cette convention eut lieu au collège St Joseph de Memramcook. Le R. P. Richard et M. P. Poirier, aujourd'hui sénateur, premiers élèves du collège, soulevèrent la question de l'adoption d'une fête nationale pour les Acadiens. Après discussion, on choisit le 15 août, en témoignage de la grande foi du peuple acadien et de son attachement au culte catholique. Il y eut cependant un refroidissement et ce ne fut qu'en 1886 qu'eut lieu la seconde convention acadienne, sur l’ile de prince Edouard. Cette convention réunit un grand nombre de délégués venant de toutes les paroisses acadiennes. Tout ce que ce petit peuple avait de fort et de généreux, fut pour un moment réuni dans l’enceinte du couvent de Miscouche, aussi le plus grand enthousiasme ne cessa d'y régner. On avait choisi une fête nationale, il fallait choisir un drapeau. Le souvenir de la vieille France désigna de suite le drapeau tricolore, on y fit une légère modification consistant en une étoile dans la partie supérieure comme marque de la soumission dos Acadien au siège de Si-Pierre. On déploya sur la scène un vaste drapeau pourtant ce caractère distinctif qui en faisait un vraie drapeau acadien et spontanément sans qu'aucun des délégué y eut songé à l’avance, un cri retentit dans la salle, un cri religieux, partain du cœur et montant vers le ciel comme un hymne de reconnaissance, c'était l'Ave Marie Stella! Quel beau spectacle de voir ce petit peuple, débris échappé par miracle aux percutions de cruel ennemis, réuni dans une enveinte religieuse et jetant vers le ciel ce cri d'amour et de reconnaissance. Ave Maris Stella! Quelle leçon pour les sceptique de notre age qui ne voient en la religion chrétienne qu'une vieillerie bonne tout au plus pour les femmes et les enfants! Quelle religion autre que la religion catholique eut inspire de tels sentiments? Quel peuple antre que le peuple acadien eut pu conserver à travers les épreuves sans membres qu'il a subis. La langue, la religion et le souvenir des ancêtres. Tant que le peuple acadien marchera dans cette voie, tant qu'il chantera avec foi et amour l'Ave Maris Stella a ses fêtes nationales, il peut espérer en l’avenir. Comme les Canadiens nombre d'enfant de l'Acadie sont venus à l'étranger tenter fortune. Ils conservent ici un précieux souvenir de leur passé et nous les appelons nos frères. - l'Indépendant.